Héritage
Culture amazighe : langue, symboles, fêtes et art du tissage
Le peuple derrière le mot berbère, dans ses propres termes.
Par Zarbish · · 9 min de lecture

La culture amazighe est l'héritage vivant des Imazighen, le peuple autochtone d'Afrique du Nord, de la côte atlantique du Maroc à l'Algérie, la Tunisie, la Libye et le Sahara. Elle passe par les langues tamazight et l'écriture tifinagh, par des fêtes comme Yennayer, par la musique, la cuisine et le vêtement, et par ses arts, au premier rang desquels le tissage des tapis berbères.
Berbère, c'est le nom que d'autres lui ont donné. Pour comprendre ce que recouvre la culture berbère, mieux vaut commencer par les mots que ce peuple emploie lui-même.
L'essentiel
- La culture amazighe est celle des Imazighen, peuple autochtone d'Afrique du Nord, du Maroc et de l'Algérie à la Libye, la Tunisie et le Sahara ; berbère est le nom venu de l'extérieur.
- Le tamazight, famille de langues amazighes, est langue officielle dans la Constitution marocaine depuis 2011, et le Maroc a adopté l'écriture tifinagh pour l'enseigner en 2003.
- Yennayer, le nouvel an amazigh, tombe le 13 janvier et est un jour férié chômé et payé au Maroc depuis une décision royale de mai 2023.
- Le couscous est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2020, dans un dossier commun à l'Algérie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie.
- Le tissage est l'art amazigh que l'on découvre le plus souvent en premier : tapis à poil et tissages plats, faits par les femmes, avec des traditions qui changent d'une région de l'Atlas à l'autre.
Amazigh ou berbère : les noms
Amazigh, au pluriel Imazighen et au féminin Tamazight, est le nom que ce peuple se donne. On le traduit souvent par « hommes libres », une étymologie que les chercheurs discutent ; chez les Touaregs, le mot voisin signifie noble. Berbère vient au contraire du regard extérieur, de l'ancien mot qui désignait l'étranger, et il est resté dans les langues européennes, sur les cartes et dans le commerce.
Les deux mots ont donc chacun leur emploi. Pour parler du peuple, on dit amazigh. Pour nommer un type de tapis, on dit berbère, parce que c'est le mot du monde du tapis et celui que l'on tape dans une recherche : un tapis berbère est un tapis fait dans les traditions de tissage amazighes. Ces traditions varient d'une région à l'autre, et notre guide des types de tapis berbères les présente une à une.
Où vivent les Amazighs
Les communautés amazighes s'étendent sur toute l'Afrique du Nord : au Maroc et en Algérie surtout, en Libye et en Tunisie, en Mauritanie, chez les Touaregs du Sahara au Mali et au Niger, et jusqu'à l'oasis de Siwa, en Égypte. Beaucoup vivent en ville, de Casablanca à Paris ou Bruxelles. Cette culture n'a rien d'un folklore de village.

Au Maroc, la vie amazighe se montre le plus dans les montagnes et le Sud : le Rif au nord, le Moyen Atlas, le Haut Atlas et l'Anti-Atlas, la vallée du Souss. Chaque région a sa langue, son vêtement, sa musique et son tissage. D'où ce constat que font tous les amateurs : un tapis du Moyen Atlas et un tapis du Haut Atlas se ressemblent rarement.
La langue et l'écriture tifinagh
Le tamazight n'est pas une langue mais une famille de langues. Trois sont largement parlées au Maroc : le tarifit dans le Rif, le tamazight du Moyen Atlas, et le tachelhit dans le Haut Atlas, l'Anti-Atlas et le Souss. Le tamazight est devenu langue officielle dans la Constitution marocaine en 2011, aux côtés de l'arabe, puis dans celle de l'Algérie en 2016.
Son écriture, le tifinagh, descend d'un ancien alphabet libyco-berbère que les Touaregs n'ont jamais cessé d'employer. Une forme modernisée, le néo-tifinagh, a été adoptée au Maroc en 2003 pour enseigner l'amazigh standard marocain ; on la lit aujourd'hui sur les panneaux routiers, les façades des ministères et dans les manuels scolaires, souvent à côté de deux autres alphabets.
Une lettre est devenue l'emblème de toute la culture : le yaz, ⵣ, le z du mot amazigh. Il se détache en rouge au centre du drapeau amazigh, conçu en 1970 et officialisé par le Congrès mondial amazigh en 1997, sur trois bandes : le bleu de la mer, le vert des montagnes, le jaune du désert. Bien avant ce drapeau, les femmes nouaient déjà des signes proches du yaz dans leurs tapis, et la façon de les lire est expliquée dans notre guide des symboles berbères.

Aza tient son nom du yaz et s'organise tout entier autour de lui : une capsule ivoire aux extrémités rose poudré au centre, encadrée de montants qui passent du noir au rose, avec des bandes bordeaux en haut et en bas et des blocs ocre qui traversent le milieu. Entre deux fauteuils en cuir et une table basse en bois, il pose sur le sol chaud un seul signe fort, que l'œil lit comme un emblème avant d'y voir un motif.
Yennayer, le nouvel an amazigh
Yennayer ouvre l'année amazighe, premier jour du calendrier agricole, et se fête le 13 janvier. Au Maroc, c'est un jour férié chômé et payé depuis une décision royale de mai 2023 ; jusque-là, on le célébrait en famille ou au sein des associations, sans congé.
La fête se passe à table. On se retrouve autour d'un couscous, ou d'un plat de céréales et de légumineuses cuites ensemble, un repas tourné vers la récolte à venir. Il y a de la musique et, dans le Moyen Atlas, l'ahidous.

Musique, cuisine et rassemblement
L'ahidous est la danse et le chant collectifs du Moyen Atlas amazighophone, de Khénifra et Azrou jusqu'à Imilchil. Hommes et femmes se tiennent épaule contre épaule, en cercle ou sur deux lignes face à face, se répondent en vers improvisés et marquent le rythme au bendir, le tambour sur cadre, et dans les mains. On le danse aux moissons et aux mariages ; c'est l'une des plus anciennes manières qu'a un village de se rassembler.

Le couscous en est le plat le plus connu : une semoule roulée à la main, cuite à la vapeur et servie dans un grand plat que l'on partage. En 2020, l'UNESCO a inscrit les savoirs et pratiques liés au couscous au patrimoine culturel immatériel, sur un dossier commun à l'Algérie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie. Quatre pays d'accord sur un seul plat : le fait mérite d'être noté.
Le tissage, l'art que l'on découvre en premier
Hors d'Afrique du Nord, la culture amazighe entre le plus souvent dans une maison sous la forme d'un tapis. Dans les foyers amazighs, le tissage a longtemps été l'affaire des femmes : tapis à poil épais pour les hivers rudes de la montagne, tissages plats pour les couvertures et les capes, coussins et sacs pour le quotidien. Les motifs se nouaient de mémoire et se transmettaient de mère en fille, si bien que chaque région a fini par avoir sa propre main.

| Tradition de tissage | Région | À quoi ressemblent les tapis | Chez Zarbish |
|---|---|---|---|
| Beni Ouarain | Haut Moyen Atlas, au nord-est | Laine ivoire, lignes et losanges sombres, poil profond | Jibal et Dune |
| Beni Mrirt | Autour de M'rirt, au centre du Moyen Atlas | Laine non teinte et dense, poil épais | Terrain, avec un relief sculpté propre à Zarbish |
| Boujaad | Plaines au pied du Moyen Atlas, autour de Boujaad | Rose, orange et rouge, formes libres ; tissés par des tribus arabes et amazighes arabisées | Bloom |
| Berbère, au sens large | Tout le Maroc | Damiers, grilles, bandes et bordures communs à de nombreuses régions | Dama et Mozaik |
L'atelier de Zarbish se trouve en pays Beni Mrirt, dans le Moyen Atlas, et chaque tapis y est noué à la main par l'équipe d'artisans. Deux choses ont changé par rapport à l'ancienne pratique : les métiers verticaux sont en acier et non plus en bois, et les modèles sont créés par l'équipe de design de Zarbish pour les intérieurs d'aujourd'hui, avec la touche amazighe pour base. Le nœud, lui, n'a pas changé, et chaque tapis est payé justement aux artisans qui le nouent. Qui est Zarbish, et comment la maison travaille, est raconté sur notre page à propos.
Des mots amazighs dans les noms des tapis
Beaucoup de modèles Zarbish portent un mot amazigh, choisi parce que le motif fait ce que dit le mot. En voici quelques-uns :
| Nom | Sens | Ce que fait le motif |
|---|---|---|
| Adrar | montagne | Un semis de points fermé par une bande de sommets |
| Abrid | chemin | Des lignes brisées qui courent sur toute la longueur |
| Itran | étoiles | De petits points éparpillés sur un fond sombre |
| Tizi | col | Des lignes qui se rejoignent et se séparent, comme des routes à travers la montagne |
| Tislit | mariée | Un long losange rose poudré, seul sur le champ |
| Tigmi | maison | Une grille de carreaux de fenêtre sous une arche |
| Seksu | couscous | De petits éléments réunis en un tout |
| Tirra | écriture | Des rangées de signes qui se lisent comme une page |
| Azetta | métier à tisser | Une composition en verticales, comme les fils de chaîne |
| Akal | terre | Des losanges sculptés, comme un sol vu du ciel |
Tous les noms du catalogue ne sont pas amazighs. Le Maroc parle plusieurs langues à la fois, et les noms des tapis aussi : Jibal, la collection de ces modèles Beni Ouarain, signifie montagnes en arabe, et Dama désigne le jeu de dames en darija, une histoire racontée dans notre article sur le tapis damier.

Yagour porte le nom d'un plateau du Haut Atlas connu pour ses gravures rupestres, et il se lit comme une surface de signes relevés sur la pierre : dans un ovale bleu marine ondulé, des losanges rouges cernés de marine, des losanges moutarde ouverts et une haute figure en escalier se tiennent à distance sur l'ivoire, chacun avec assez d'espace pour être lu seul. Dans une pièce calme, c'est lui qui prend la parole.

Abrid, le chemin, trace cinq zigzags presque noirs sur un cercle ivoire, d'un bord à l'autre, comme une piste balisée à travers une plaine. Dans une pièce haute de plafond, entre des assises en bouclette crème et des boiseries, ses lignes donnent une direction au sol sans l'encombrer. C'est le plus sobre des trois, et le plus proche de l'image que l'on se fait d'un tapis Beni Ouarain : des lignes noires sur une laine ivoire.
Accueillir cette culture chez soi
Un tapis amazigh n'est pas un déguisement pour une pièce. Quelques principes lui permettent de rester ce qu'il est :
- Choisissez le fait main, auprès de qui sait dire où il a été fait. Entre un tapis noué et une copie imprimée, il y a toute la distance entre un savoir-faire et son image.
- Apprenez le nom. Celui du modèle, de la région, d'un mot : le connaître change le regard que l'on porte sur le tapis.
- Laissez-le vivre dans une pièce ordinaire. Il n'a besoin ni de lanternes ni de plateaux en laiton pour trouver sa place. Un Beni Ouarain est aussi juste sous un canapé contemporain que sur le sol d'une maison de village.
- Servez-vous-en. Ces tapis sont faits pour qu'on y marche, qu'on s'y assoie, qu'on y dorme. L'usure fait partie de leur vie.
- Oubliez « tribal » comme étiquette. Nommez plutôt le peuple ou la région : amazigh, Moyen Atlas, Beni Ouarain.
Un signe compte pour votre famille et vous aimeriez le voir noué dans la laine ? C'est tout l'objet d'un tapis sur mesure, composé avec vous autour de ce signe.
















